C’est aussi ce que pouvait constater l’auteur chrétien C.S Lewis, comme on a pu le voir dans un article sorti le mois dernier (mettre lien hypertexte vers article du mois dernier). Il a élaboré le concept de « cercle intérieur » (« inner ring » en anglais), pour décrire cette tendance humaine à vouloir à tout prix faire partie du groupe, au prix même de la potentielle exclusion de ceux qui nous entourent.
C’est autour de cette thématique du groupe et de l’exclusion vers qui nous allons nous pencher aujourd’hui.
I- Un appel à être attentionné et intentionnel
Bien sûr, en tant que chrétiens, j'ose espérer qu'on n'est pas impliqué activement dans des conduites d’harcèlement. Mais cher lecteur, il faut bien réaliser que ce n'est pas suffisant. La Bible nous appelle à bien plus !
Nous ne devons pas seulement ne pas faire le mal (passif, comme ne pas harceler), mais aussi œuvrer pour le bien (actif, manifester les fruits de l'Esprit). Peut-être que vous avez déjà, vous-même, fait partie d'un groupe dans lequel une personne se trouve un peu à l'écart pour diverses raisons. Et sans réellement subir ce qu'on qualifie d’harcèlement, on lui fait comprendre, dès qu'il ouvre la bouche, que ses remarques ne sont pas les bienvenues.
Cela peut se traduire tantôt par des réponses froides, tantôt par un silence méprisant ou encore par des regards échangés qui en disent long. La personne qui est en face de nous n'est pas intéressante à nos yeux, et on lui fait donc comprendre de manière implicite.
Pose-toi cette question lorsque tu lis les évangiles : Quel regard portait Jésus sur ceux qui s’approchaient de lui dans les évangiles ?
Est-ce qu’il lui arrivait de répondre à leur sollicitation par du dédain ?
Et en tant que chrétiens, nous ne devons ni accepter ni tolérer une telle attitude de mépris.
Harceler est évidemment intolérable, mais être indifférent (et excluant) envers ceux que Dieu a mis sur notre chemin est déjà un pas de trop. Soyons intentionnels dans nos relations, Dieu nous appelle à bien plus que "ne pas être le méchant du groupe" :
Notre appel est d'être le sel de la terre, ce qui se notera par un comportement radicalement différent de nos contemporains, en posant sur eux un regard d’amour, comme nous y appelle Jésus dans l’Évangile selon Jean.
Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. C'est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l'amour les uns pour les autres.
Jn 13.34-35
II - Un appel à vivre ouvert à l’autre, dans la société comme dans l’église
Ce n’est pas toujours facile mais en tant que chrétien, notre comportement doit être différent, et on doit apprendre à s’ouvrir à l’autre et à chercher à le connaître. En Christ, il n'y a plus de personnes indignes d'intérêt et de capacité. Il nous faut respecter notre prochain dans ce qu'il est et pour ce qu'il est, et en se rappelant qu’il est aussi un reflet de l’image de Dieu.
Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. Il créa l’homme et la femme
Gn 1.27
Et même plus qu'un simple respect, nous devons considérer les autres comme supérieurs à nous même. C'est radical et des plus difficiles, mais c’est ce à quoi nous sommes appelés, et c'est ce qui marquera le monde en témoignant de l’amour surnaturel venant de Dieu.
Ne faites rien par esprit de rivalité ou par désir d’une gloire sans valeur, mais avec humilité considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de regarder à ses propres intérêts, regarde aussi à ceux des autres
Ph 2.3-4
Cela est vrai dans la société, mais cela est d’autant plus vrai dans l’église !
Si des personnes sont pourvus de plus de dons, ils ont pour responsabilité de s'en servir pour l'intérêt d'autrui. Si d'autres en sont moins dotés, ils ont néanmoins pour mission de faire fructifier leur talent, et de se saisir du soutien du reste du corps, en se rappelant que si Dieu a « donné des dons aux hommes » (Ep 4.8), c’est notamment pour vivre l’encouragement mutuel.
C’est ainsi que la Bible nous appelle à former un seul corps :
En effet, de même que nous avons plusieurs membres dans un seul corps et que tous les membres n'ont pas la même fonction, de même, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ et nous sommes tous membres les uns des autres, chacun pour sa part.
Rm 12.4-5
Nous devrions donc être vigilants dans l’Église à ne pas former des cercles privés et excluants, dans lesquels seuls des initiés auraient accès (souvent tacitement). Évidemment qu’il y a des ministères et services particuliers, et tout le monde ne fera pas partie de tous les groupes/responsabilités/services dans l’Église. Mais ne laissons pas le monde penser que l’Église est composée de différents groupes hermétiques, pour lesquels il faudrait gagner ses galons ou faire ses preuves pour y accéder.
Un exemple ?
Pense à ton groupe de jeunes. Est-ce qu’une personne qui viendrait pour la première fois se sentirait intégrée ?
Lui faudra-t-il 1 semaine, 1 mois ou 1 an avant de se sentir faire partie du groupe ?
Un autre exemple ?
Si tu fais partie d’un service particulier dans l’Église (ex : la louange), est-ce que tu passes les trois quarts de ton temps après le culte avec ton équipe de louange, ou est-ce que tu t’ouvres aux autres, pour apprendre à connaître les différentes générations de ton Église, du plus jeune au plus âgé ?
Encore un autre exemple, peut-être moins évident.
Certaines personnes (en responsabilités dans l’Église par exemple) peuvent avoir tendance à vouloir montrer aux autres qu’ils possèdent des informations insolites, dont l’accès est réservé aux seuls membres d’un certain groupe.
C’est le fameux :
« Oh, si tu savais ce qu’il se passe en ce moment. Je peux pas trop t’en parler mais c’est compliqué. »
Si tu ne peux pas en parler, pourquoi mettre cela en avant ?
Agir ainsi sert à se valoriser soi-même, en cherchant à montrer aux autres qu’on fait partie du « cercle intérieur » des « heureux privilégiés », qui ont accès à des informations spéciales.
Mais cela n’a aucune utilité pour édifier le corps (et cela peut bien plutôt faire naître des sentiments de jalousie et de rejet).
Pour le bien du corps, n’agissons pas ainsi !
Alors soyons différents :
Ne cherchons pas les honneurs et la gloire de « faire partie du groupe », mais cherchons plutôt à être des vecteurs d’inclusion et de soutien pour ceux qui nous entourent. Et cela afin d’être de bons témoins de l’amour qui vient de Dieu.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée; et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. Mt 5.14-16